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Jocelyn Bernard

« Philéole coche beaucoup de cases »

Greenfib et Philéole étaient faites pour travailler ensemble. Il suffisait que les deux entreprises - ou leurs dirigeants - se rencontrent.
Cette collaboration répond au goût de Jocelyn Bernard, directeur général de Greenfib, de contribuer à rendre la planète un peu plus durable ! Portrait dans l’air du temps.

Jocelyn Bernard

Jocelyn Bernard n’aime rien tant que vivre une nouvelle expérience, découvrir, apprendre. Dans le genre, celle de juin 2005 lui a laissé un souvenir d’autant plus impérissable qu’il fut bien près… d’en périr. Pensez donc ! Cet électrotechnicien de formation a trouvé le moyen de s’électriser [1] en bricolant chez lui. Un comble ! « Heureusement, mon voisin m’a réanimé. J’ai été hospitalisé en arythmie cardiaque, en soins intensifs pendant 5 jours. Mon pronostic vital était engagé, les médecins laissant entendre à mon épouse que mes chances de survie étaient faibles car les dégâts subis étaient importants. » Mais l’homme a de la ressource et du tempérament. « Je m’en suis sorti et 3 mois plus tard je reprenais le travail. Il m’a cependant fallu plusieurs années pour ‘remonter la pente’ complétement. J’ai réussi et j’ai même fait plusieurs marathons depuis. Après ça, on voit la vie différemment. Un peu comme une deuxième chance… »

De ‘2000 & 1 nuit’ à Rexel

Avant d’en arriver à cet épisode critique, Jocelyn Bernard, Breton de Bretagne, avait surpris son monde en ne se dirigeant pas vers les études d’ingénieur auxquelles il semblait promis, optant plutôt pour un BTS d’électrotechnicien. « Une manière d’aborder les choses plus concrètement que théoriquement, correspondant à mon caractère naturellement curieux. »

A 18 ans, son âme d’entrepreneur prend corps. Pour son anniversaire il demande… une table de mixage, fonde sa société ‘2000 & 1 nuit ’, et se lance disc-jockey. « Ce sera 10 ans de week-end à faire danser les gens », même pendant son service militaire qu’il effectuera, en qualité de flûtiste, dans les formations musicales de l’Armée de terre.

Libéré de ses obligations militaires le jeudi 29 janvier 1998, il connaît son unique jour de chômage le vendredi 30, et entre chez Revimex - entreprise grossiste en matériel électrique et électronique, qui deviendra Rexel, leader de la distribution professionnelle de produits et services pour le monde de l’énergie - le lundi 2 février 98. Il commence vendeur préparateur de commande et débute son ascension au sein de l’entreprise. « En 2012, j’étais en charge chez Rexel, sous-traitant d’Alstom, du projet d’installation de l’éolienne du site du Carnet, à Frossay (Loire-Atlantique), qui était alors la plus grande éolienne offshore d’Europe. » Tiens, voilà l’éolien ! En février 2020, on lui propose la direction adjointe de Rexel au Canada. Mais la Covid de 2020 et le confinement déclenché le 17 mars mettent un terme à ses perspectives professionnelles au pays à la feuille d’érable. Fin de ‘l’aventure’.

De Rexel à Greenfib

« Je m’étais beaucoup projeté dans cette nouvelle orientation de ma carrière. J’ai vécu une période de doute et de questionnement et j’y ai vu la fin de mon parcours chez Rexel. » Il s’en ouvre une hiérarchie compréhensive, qui va l’accompagner dans sa démarche. Il cherche à racheter une entreprise, sans succès. « Le 23 août 2022 - je n’ai pas la mémoire des noms, mais avec les chiffres et les dates, pas de problème ! - je reçois un appel téléphonique de Cyr Dioré, cofondateur de Greenfib avec Luc Ménétrey. Ils ont conçu une matière innovante, appelée Greenfib et donnant son nom à l’entreprise, 100 % biosourcée, se présentant comme une alternative au plastique. » Jocelyn Bernard est bien conscient qu’il a jusqu’alors vendu beaucoup de plastique. Père de quatre enfants qui ont investi à leur tour le monde du travail, il cherche à être en cohérence avec les aspirations écologiques de la génération montante. En utilisant les connaissances acquises dans sa partie, il comprend qu’il peut jouer un rôle auprès des entreprises, en vue d’une empreinte carbone plus vertueuse.

Il voulait de l’aventure : il va en avoir ! Il devient directeur des opérations de Greenfib puis, rapidement, directeur général à la demande de la gouvernance et des actionnaires, « juste avant qu’en juin 2023 l’Europe interdise la présence de fibre de bois dans un produit alimentaire, alors que la fibre de bois est l’un des constituants du brevet Greenfib. Il a fallu revoir la formulation, recréer la matière, obtenir une nouvelle certification. »

Petite parenthèse. C’est l’occasion de se pencher en douceur sur l’innovation Greenfib dont la base est constituée de graine de ricin. L’avantage étant que le ricin pousse sur des terres semi-arides ou désertiques et ne concurrence pas - ni ne concurrencera jamais - les cultures vivrières. Pour aller un peu plus loin dans la composition de Greenfib sans en déflorer la subtile alchimie, ajoutons que l’on y trouve aussi de la coquille d’œuf ou d’huître selon sa destination, et que s’ajoute une charge organique pour en améliorer les caractéristiques. Et il est temps de fermer la parenthèse.

Sacrée entrée en fonction donc, pour Jocelyn Bernard. Mais l’opération est rondement menée. Greenfib se relance. Le chiffre d’affaires prévisionnel pour l’année en cours (juin 2025/juin 2026) se situe entre 1,2 et 1,5 M€. Greenfib travaille avec la maison Bic, pour ses stylos, ou encore avec RegenBox pour ses boîtiers de régénération de piles alcalines. « Et nous avons plus de 100 projets en cours » se réjouit Jocelyn Bernard.

De Greenfib à Philéole

Peu après avoir intégré Greenfib, Jocelyn Bernard découvre l’éolienne Philéole et fait la connaissance du Belge Jean-Luc Bodart [2], son concepteur. Ce dernier entend produire une éolienne performante, durable, écologique. Et, pour tout ça, la matière Greenfib est justement plus intéressante que le polypropylène. Non seulement Greenfib va réaliser les pâles de Philéole (avec une perspective de 10 000 éoliennes par an. Pour l’instant.), mais les spécialistes de la partie électrique étaient les clients de Jocelyn Bernard chez Rexel. Coup d’accélérateur pour l’entreprise d’outre-Quiévrain qui, aux yeux du Breton, « coche beaucoup de cases pour appréhender le réchauffement climatique, la transition énergétique, dans le cadre des limites planétaires que l’on dépasse tous les jours. Jean-Luc Bodart est parti d’une problématique à laquelle il a apporté une solution qui a du sens. L’innovation technologique sur une base saine, voilà la valeur ajoutée de Philéole. »

Jocelyn Bernard, on l’a vu, se dit naturellement curieux (au sens étymologique, ‘qui prend soin’, ‘s’inquiète de’). « Il faut s’intéresser à ce que font les autres, et pourquoi ils le font. Quand on est curieux, on développe un esprit critique… et on ‘s’investit’ dans l’entreprise. » A cette aune, il faut croire de Jocelyn et Jean-Luc étaient fait pour se rencontrer. Dont acte.
Une dernière précision, d’importance. « Derrière une personne, il y en a souvent une autre qui se cache » glisse Jocelyn Bernard. « Je n’aurais jamais mené la carrière qui est jusqu’à présent la mienne si mon épouse n’avait pas été en permanence à mes côtés. Chaque étape a été un projet de famille que nous avons construit ensemble. » Alors… bravo Lydie !

Notes

[1L’électrisation  est le passage d’un courant électrique dans le corps, provoquant des blessures plus ou moins graves. A ne pas confondre avec l’électrocution, qui désigne exclusivement les cas d’électrisation entraînant un décès.

[2Pour en savoir plus sur Jean-Luc Bodart (et Philéole), voir le portrait qui lui est consacré dans cette rubrique : « Jean-Luc Bodart, ‘The answer is blowin’ in the wind’ ».

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