En matière d’aide auditive, il y a eu, succinctement résumé : le coquillage, utilisé dès l’Antiquité pour accroître la perception des sons ; les cornes d’animaux, au Moyen Age ; l’invention du cornet acoustique au 18e siècle ; les appareils électriques à la fin du 19e ; le célèbre Sonotone dans les années 1930 ; l’appareil auditif réglable et programmable dans les années 80… Puis l’ère du digital, à la fin du 20e siècle, qui va engendrer une évolution fulgurante en la matière.
C’est cet avènement que subodore Stéphane Bardet, à l’aube de la dernière décennie du siècle précédent, lorsqu’il devient audioprothésiste. « A l’époque, ce métier n’était pas encore très connu. » Mais le scientifique qu’il est comprend vite que les propriétés technologiques et les performances des appareils numériques naissants vont véritablement révolutionner le secteur de l’aide auditive.
Scientifique, donc. Issu d’une famille d’ingénieurs, à Marseille. Prépa math sup, Ecole centrale… qui ne se passe pas comme il l’entendait (si l’on peut déjà dire). Stéphane se réoriente vers le domaine de la santé et devient… opticien. Mais, à peine diplômé, il découvre - on vient de l’évoquer - tout le potentiel des métiers de l’audioprothèse. Alors, va pour l’audioprothèse et « sa dimension de soin, l’accompagnement du patient dans son confort, son bien-être. N’oublions surtout pas que les audioprothésistes font partie des professionnels de santé. »
La belle affaire
Audioprothésiste frais émoulu, Stéphane Bardet devient salarié de Jean Rouquet (réseau Audition Conseil), qui ouvre un laboratoire de correction auditive à Aix-en-Provence. « Jean Rouquet sera mon premier et seul employeur. » En effet, celui-ci lui fait une promesse d’association si tout se passe bien. En dépit de débuts difficiles - « j’ai été à deux doigts de tout arrêter » -, Stéphane se lance pleinement dans le numérique, met au point des procédures d’enrichissement sonore du nerf auditif visant à réduire les bourdonnements (acouphènes) ou l’hypersensibilité aux sons (hyperacousie). Jusqu’à établir peu à peu - par le bouche à oreille, bien sûr - sa réputation à l’échelle régionale.
Devenu associé de Jean Rouquet, il ouvre avec lui trois autres centres auditifs autour d’Aix, sous la franchise Audition Conseil ; puis rachète ses parts ; puis saisit l’opportunité de reprendre les centres Audition Conseil du Vaucluse ; puis ceux de la zone de Marseille. En 2014, il est à la tête de 18 centres auditifs. Stéphane Bardet n’est plus seulement un audioprothésiste, il est également devenu un chef d’entreprise, pour ne pas dire un businessman. La preuve ? Lorsque l’un de ses confrères des Alpes-Maritimes cède ses affaires - 18 centres également -, il lève 11 M€ avec le concours de 4 banques pour en faire l’acquisition. « 11 M€, c’était à peu près la valeur de mes propres centres. Cela représentait… une grosse opération ! ».
Aujourd’hui propriétaire de 70 laboratoires, il a racheté l’enseigne Audition Conseil en 2023 (avec le concours de 6 banques, cette fois !), qui rassemble 425 centres auditifs en France. S’il préside la structure, il y a fait entrer un fonds d’investissement « dont les associés, qui viennent d’horizons divers, m’apportent une vision différente des choses. Cela aide à progresser. »
Il a encore créé SAGA, comme Synergie Achats Groupement Audio, qu’il préside aussi, centrale d’achats destinée aux audioprothésistes indépendants et qui rassemble plus de 500 centres de correction auditive.
« Je consulte tous les mercredis matin »
Businessman donc. Il est clair que l’homme aime les challenges. A travers ses rachats, il a montré qu’il savait oser, prendre des risques. Il affirme volontiers qu’il « préfère l’échec au regret… », viatique de ceux pourvus de ces qualités que sur d’autres terrains on qualifie ‘d’hormonales’.
Alors, évidemment, on imagine que l’audioprothèse pure et dure, le ‘métier’ quoi, n’est plus tellement la préoccupation immédiate de Stéphane Bardet. Et l’on se trompe complètement. « Je consulte tous les mercredis matin dans mon centre de Gardanne. Je reste viscéralement audioprothésiste. J’ai besoin d’être près du patient, de tester les appareils. Finalement, c’est là que je me sens le mieux. Et puis tous les adhérents d’Audition Conseil, premier réseau d’indépendants, peuvent se dire que le président est un audioprothésiste en exercice ! Je peux parler métier avec eux et ils me reconnaissent comme un des leurs. Ca facilite les relations ! »
Audya, forcément…
Pour parler métier, justement, comment ne pas évoquer Audya [1] avec Stéphane Bardet ? La chose est d’autant plus facile qu’il connaît Arnaud Devèze, son fondateur, depuis longtemps. « Nous sommes de la même génération, nous travaillons ensemble depuis longtemps et j’ai appareillé nombre de ses patients. » Lorsque Arnaud Devèze lui a parlé du projet Audya, Stéphane y a cru tout de suite. « Un outil facilitant l’échange dans les relations entre les professionnels de santé et les patients, c’est l’avenir. » Il a été l’un des premiers à tester la plateforme dans ses centres. « C’est un outil sécurisé, facile d’utilisation. C’est un avantage pour le patient. Dans l’une de ses dernières études, relative au marché de l’audioprothèse, le Xerfi [2] cite Audition Conseil et Audya en matière de ‘bonnes pratiques’. » Ce n’est pas sans raison qu’Audition Conseil est actionnaire d’Audya, notamment pour accompagner son déploiement. Stéphane Bardet voit d’ailleurs un parallèle entre les deux structures à travers un business model qui porte une valeur cardinale commune : la satisfaction du patient.
Notes
[1] Audya est une plateforme qui réunit sur un même espace les outils nécessaires à l’ensemble des professionnels de santé impliqués en santé auditive pour gagner en efficacité et en productivité, tout en permettant au patient d’être mieux suivi sur l’intégralité de son parcours (audya.fr).
Voir également dans cette rubrique le portrait du Dr Devèze : Arnaud Devèze à l’écoute.
[2] Institut d’études privé, spécialisé dans l’analyse économique sectorielle en France.