Ce qui interpelle, dans le CV de Xavier Temmos, ce n’est pas qu’il soit devenu ingénieur en biotechnologie après avoir obtenu une licence de biochimie - parcours somme toute classique. Mais qu’il soit titulaire d’une ‘licence de bonne humeur et d’humour’, ça alors ! On se demande évidemment quelle autorité académique facétieuse (sic !) a bien pu lui décerner ce diplôme… Xavier Temmos se marre. En vérité, il se l’est un peu auto-attribué, à l’appréciation unanime de son entourage, tant amical que professionnel. « Mes équipes, par exemple, trouvent que je suis toujours souriant et de bonne humeur, même dans les moments difficiles. C’est ma façon d’être. Une manière, aussi, de travailler sérieusement sans se prendre au sérieux. » Une philosophie de vie comme premier trait marquant du portrait du Varois originaire d’Ollioules, à la faconde joyeuse.
En vérité, le petit Xavier se rêvait neurochirurgien, pour ‘réparer’ le cerveau, cet organe humain qui le passionne. Mais pour ‘faire’ médecine, il faut apprendre par cœur, « et ça ne me correspondait pas. Moi, ce que je veux, c’est comprendre. » Il ne sera donc pas médecin, sans que cela le traumatise davantage. « Ce n’était sans doute pas ma véritable vocation. » Le métier d’ingénieur, en revanche, convenait beaucoup mieux à son caractère cartésien. « A Polytech Marseille, j’ai appris plus vite parce que j’ai ‘appris à apprendre’. Ce qui m’a permis de développer des capacités d’analyse et d’adaptation. » Mais dans le cursus d’ingénieur en biotechnologie, il faut faire un stage de fin d’études obligatoire dans un laboratoire, pour parfaire les connaissances scientifiques et techniques. Or, Xavier Temmos, qui n’est pas méridional pour rien, se dit avant tout homme de relationnel (où l’on comprend que les paillasses n’ont guère ses faveurs…) - deuxième trait marquant de sa personnalité. Alors il a trouvé un stage auprès d’une start-up de biotechnologie… mais aux Etats-Unis ! « J’ai orienté toute ma carrière vers des fonctions commerciales dans le matériel médical. Et finalement, sans jamais être médecin, j’ai toujours travaillé à leurs côtés. Une jolie ironie du destin. »
Ruissellement positif
Une carrière professionnelle qui l’a conduit, en 2019, à prendre la direction générale de GN Hearing France [1]. Il y a découvert le monde de l’audiologie et un marché d’innovation où les technologies se renouvellent à un rythme soutenu. La réforme du « 100 % Santé » [2] a entraîné un accroissement de 70 à 80 % du marché, notamment grâce à la capacité de réponse des audioprothésistes à l’égard de la demande des patients, générée par cette réforme. Xavier Temmos y voit une belle réussite en termes de santé publique, en ce sens que l’appareillage précoce, rendu financièrement possible, permet de lutter contre l’isolement social et de ralentir le déclin cognitif, réduisant ainsi les risques de maladies comme Alzheimer et maintenant plus longtemps l’autonomie des personnes.
Dans le secteur de l’audiologie divisé entre les réseaux intégrés détenus par des fabricants (Audika, Audilab, Audition Santé, ou Solusons par exemple) et les indépendants, dans lequel GN Hearing ne possède pas de magasins en propre, Xavier Temmos a mis en œuvre une stratégie de soutien des indépendants pour qu’ils conservent leur compétitivité, assurant ainsi la pérennité du marché potentiel de GN Hearing. Un soutien qui s’appuie sur une offre de partenariats divers et variés construisant une constellation de services autour de l’environnement clients, qui permettent aux audioprothésistes de mieux travailler, et de faire confiance à GN Hearing. Ce que Xavier Temmos qualifie de « ruissellement positif ». Stratégie payante puisque, depuis 5 ans, GN Hearing est l’entreprise avec la plus forte croissance du secteur - « de 2 à 20 fois supérieure au marché selon les mois. Ce qui nous amène aujourd’hui à prendre des parts de marché très rapidement » précise le directeur général.
Où l’on parle d’éthique
L’un de ces partenariats s’appuie sur sa rencontre avec le docteur Arnaud Devèze, chirurgien spécialisé en microchirurgie de la surdité, et cofondateur d’Audya [3]. Xavier Temmos : « La collaboration avec Audya est née de notre recherche de partenaires de confiance, visant à offrir des services de qualité et légaux aux clients de GN Hearing. A ce titre, Audya est une plateforme qui connecte de manière éthique le patient, l’ORL et l’audioprothésiste, créant une ‘chaîne vertueuse’ et un dossier de santé auditif partagé. » Les deux entités sont indépendantes et n’ont pas d’intérêt financier entre elles. Mais Xavier Temmos y voit l’opportunité de fidéliser ses clients audioprothésistes et d’attirer de nouveaux prospects en quête de qualité, qui pourraient ainsi être référencés par Audya (exemple même du ruissellement positif évoqué plus haut). En maintenant le patient au centre d’un parcours de soins transparent, Audya se positionne comme une alternative éthique à certaine captation de patients par Internet et de prescriptions ORL à distance.
Pour Xavier Temmos, l’éthique n’est pas un vain mot, encore moins une vaine notion. Et c’est bien dans cette optique qu’il a récemment cofondé Fair Unity, un fonds de dotation qui agit pour l’inclusion, l’égalité des chances et la promotion du sport et de la technologie comme vecteur de solidarité (fairunity.org). Une initiative née de la volonté d’avoir un impact au-delà du business en œuvrant pour l’inclusion des personnes malentendantes. Parce que, selon Xavier Temmos, il n’y a pas que le business dans la vie. Comment ne pas l’entendre ?
Notes
[1] Membre du groupe GN, GN Hearing France propose des solutions auditives innovantes qui aident à mieux entendre.
Fondé en 1869, le groupe danois GN développe des solutions intelligentes d’écoute, d’audio, de vidéo, de jeu. Coté au Nasdaq Copenhague, il emploie plus de 7 000 personnes et commercialise ses produits dans une centaine de pays.
[2] Depuis le 1er janvier 2021, le 100 % Santé propose à tous les Français, bénéficiant d’une complémentaire santé responsable ou de la Complémentaire santé solidaire, des soins et un large choix d’équipements en audiologie, optique et dentaire, qui sont pris en charge à 100 %.
[3] Audya est une plateforme qui réunit sur un même espace les outils nécessaires à l’ensemble des professionnels de santé impliqués en santé auditive pour gagner en efficacité et en productivité, tout en permettant au patient d’être mieux suivi sur l’intégralité de son parcours (www.audya.fr).
Voir également dans cette rubrique le portrait du Dr Devèze : Arnaud Devèze à l’écoute